07/12/2003

Kissinger

Comment Henry Kissinger a apporté son soutien à la junte militaire argentine

 

BUENOS AIRES (AP) -- L'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger a donné son accord verbal à la «sale guerre» menée entre 1976 et 1983 par la dictature militaire argentine contre les opposants et militants de gauche, selon des archives américaines obtenues par un organisme de surveillance de la liberté de l'information.  «Nous souhaitons votre réussite», a déclaré l'ancien chef de la diplomatie américaine au ministre argentin des Affaires étrangères de l'époque, l'amiral Cesar Augusto Guzzetti, au cours d'une rencontre à New York le 7 octobre 1976, selon les archives du gouvernement américain rendues publiques jeudi par les «Archives de la sécurité nationale», un organisme basé à Washington.


Henry Kissinger n'a pas répondu aux sollicitations de l'Associated Press pour commenter ces révélations, mais, par le passé, il a plusieurs fois nié avoir jamais fermé les yeux sur des violations des droits de l'homme.  L'ancien secrétaire d'Etat est de plus en plus critiqué aux Etats-Unis pour le soutien apporté dans les années 1970 par l'administration américaine à des gouvernements autoritaires en Amérique latine et en Asie du sud-est dans le cadre de sa lutte contre l'expansion du communisme dans le monde.


Tout au long des sept pages de transcription marquées «secret», Kissinger explique à Guzzetti que la question des violations des droits de l'homme se fait plus pressante en Argentine. Il apporte néanmoins son soutien à la junte militaire alors au pouvoir depuis un coup d'Etat du mois de mars.  «Ecoutez, notre position de base est que nous souhaitons votre réussite», déclare-t-il, selon ces documents rapportés dans un premier temps par le «Miami Herald». «Je suis vieux jeu et je crois que les amis doivent être soutenus. Le plus vite vous réussirez, le mieux ce sera», ajoute-t-il.

 

Le prix Nobel de la paix 1973 explique encore que les parlementaires américains qui posaient la question des droits de l'homme ne comprenaient pas totalement la situation en Argentine. «Ce que comprennent les Etats-Unis, c'est qu'il y a une guerre civile. On lit des choses sur les problèmes des droits de l'homme, mais pas sur le contexte», affirme-t-il.  «Si vous pouviez terminer avant le retour du Congrès, ce serait mieux», ajoute-t-il. «Nous ne vous poserons aucune difficulté non-nécessaire. Quelles que soient les libertés que vous restaurerez, cela aidera». L'amiral Guzzetti lui assure alors que la «lutte» de la junte contre les militants de gauche sera terminée avant la fin de l'année 1976.


La junte militaire a lancé sa répression contre les opposants et militants de gauche en mars 1976, débutant ainsi six années d'une dictature au cours de laquelle 8.900 personnes disparaîtront, selon les chiffres gouvernementaux. Les groupes de défense des droits de l'homme évoquent, eux, 30.000 disparitions.  AP | 05.12.03 | 04:21

 

http://permanent.nouvelobs.com/etranger/20031205.FAP4493....





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