31/12/2003

Apocalypse

La pollution est-elle un "signe divin" aux yeux des conservateurs américains ? C'est ce qu'affirme le journaliste indépendant Glenn Sherer. Si l'administration Bush et les Républicains reviennent de manière aussi systématique sur les textes de loi protégeant l'environnement ou la santé, c'est pour ne pas froisser Dieu, qui renverra Jesus sur Terre si et seulement si la planète se trouve à l'état d'épave. Pressés de voir le retour du fils de Dieu, le président et une partie des décideurs américains, perméables aux prophéties des zélotes chrétiens, seraient tentés d'accélérer le mouvement vers l'Apocalypse :

Why Ecocide Is 'Good News' for the GOP (E-magazine)

http://www.alternet.org/story.html?StoryID=15814



30/12/2003

Confessions de Karl

Quelle est votre vertu préférée?
- La simplicité.
Celle que vous préférez chez l'homme?
- La force.
Celle que vous préférez chez la femme?
- La faiblesse.
Votre principale caractéristique?
- La concentration de tous les desseins vers un seul but.
Votre idée du bonheur?
- Lutter.
Votre idée du malheur?
- Se soumettre.
Le vice que vous excusez le plus?
- La crédulité.
Le vice que vous détestez le plus?
- La servilité.
Votre principale aversion?
- Martin Tupper. (Il s'agit d'un poète anglais fort médiocre, en vogue vers 1860)
Votre occupation favorite?
- Bouquiner.
Vos poètes favoris?
- Shakespeare, Eschyle, Goethe.
Votre prosateur préféré?
- Diderot.
Vos héros préférés?
- Spartakus, Kepler.
Votre héroïne préférée?
- Gretchen. (Il s'agit du diminutif allemand de Marguerite, l'héroïne du Faust de Goethe)
Votre fleur préférée?
- Le laurier. (Marx répond en utilisant le mot anglais "daphne" qui veut dire "laurier" et évoque le prénom de sa fille Laura)
Votre couleur préférée?
- Le rouge.
Votre nom préféré?
- Laura, Jenny (son épouse se prénomme Jenny et deux de ses filles Jenny et Laura)
Votre plat préféré?
- Le poisson (Marx joue sur l'allitération de "plat" et "poisson" en anglais: "dish" et "fish")
Votre maxime préférée?
- "Homo sum, et humani nihil a me alienum puto". (Citation du poète Térence "Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger".
Votre devise favorite?
"De omnibus dubitandum". (Il faut douter de tout).


29/12/2003

Paroles de dieux

"Pour celles de vos femmes qui sont perverses, faites témoigner contre elles quatre d’entre vous. S’ils témoignent contre elles, faites-les demeurer dans les maisons jusqu’à ce que la mort les enlève ou qu’Allah fraye pour elles un sentier."
 
"Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs bien. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand."  Coran, Sourate 4 (15 et 34)
 
"Que les femmes se taisent dans les assemblées, elles n'ont pas la permission de parler."
"Je ne vois pas dans quel but la femme aurait été faite, si ce n'est d'enfanter."  Saint Augustin.
 
"Quand Eve a été créée, le Satan a été créé avec elle." Midrash.
"C'est par la femme que le pêché a commencé et c'est à cause d'elle que tous nous mourrons." Lévithique
 
 


26/12/2003

Le fric de la guerre en perspective

Sacré Georges, on peut dire qu'il fait marcher le commerce !  Regardez un peu le paquet de pognon qu'il dépense !
http://www.crunchweb.net/87billion

24/12/2003

Citations d'Irak

1) Sur une cloture de fils de fer barbelés qui entoure la ville d'Abu Hishma, un panneau est accroché qui annonce en anglais : "Cette cloture a été placée pour votre protection. Ne vous en approchez pas, ne tentez pas de la traverser ou nous vous tirerons dessus".

2) Un commandant a expliqué la logique derrière les mesures extrêmement répressives (prises par les forces d'occupation pour faire régner l'ordre en Irak) : "Avec une bonne dose de peur et de violence, et beaucoup d'argent pour les projets, je pense que nous arriverons à convaincre ces gens que nous sommes là pour les aider." [New York Times, Dec. 7, 2003]


18/12/2003

Citation de Charles

17 Décembre 1941: Charles Lindbergh, héros de l'aviation, fait une conférence à New York dans laquelle il déclare : "Un seul péril menace le monde - le péril jaune. La Chine et le Japon sont en fait secrètement unis pour éliminer la race blanche. Face à ce péril, nous avons une seule arme, une seule chance... l'Allemagne et le chancelier Hitler. Nous devons nous associer à 200% avec lui."



14/12/2003

L'intelligent et le stupide

L'intelligent et le stupide font un jeu, dont voici les règles:
    * chacun d'eux va poser des énigmes à l'autre,
    * si le stupide ne sait pas répondre, il paye 1 franc à l'autre ,
    * si c'est l'intelligent qui ne sait pas répondre il paye 100 francs parce que lui il est intelligent, et comme ça c'est équitable.

L'intelligent commence :
- Qu'est ce qui a 4 pattes et qui miaule ?
- Je sais pas, tiens voilà 1F.
- Qu'est ce qui a 4 pattes et qui aboie ?
- Je sais pas, tiens voilà 1F.
- Allez dis quelque chose toi aussi, demande l'intelligent au stupide...
- Bon, qu'est ce qui a 8 pattes le matin et 4 le soir ?
L'intelligent réfléchit, réfléchit, il réfléchit pendant une heure mais ne trouve pas, et se trouve contraint de donner sa langue au chat:
- Je sais pas. Tiens voilà 100 F. Alors c'était quoi ?
- Je sais pas, tiens voilà 1F....

11/12/2003

Propagande

"L'écart gigantesque entre ce que font les dirigeants des Etats-Unis dans lemonde et ce que les habitants des Etats-Unis croient qu'ils font est une desgrandes réussites de propagande de la mythologie politique dominante."Michael Parenti

07/12/2003

La dinde Bush

La dernière amusante est la "grande nouvelle" du Washington Post (celui du Watergate... ouaaahhh...) qui nous indique que la dinde que soutenait Bush dans une des photos prises lors de son voyage à Bagdad était en plastique. Ouais... en plastique... pas bon à manger... On vous l'avait bien dit : de la pure propagande goebbelsienne ! Mais jusqu'où ira le ridicule ? Les bloggers parlent déjà, avec ironie, d'un Turkeygate. Sur Instapundit, on explique qu'il est tout à fait habituel, lors de grands dîners, d'exhiber une fausse dinde pour la photo. Mais surtout, l'image marquante qui a fait le tour du monde est celle montrant le président servant la troupe. Il est évident que Bush a fait là un impeccable travail d'image. Et l'on peut comprendre que cela en irrite une flopée. Ase



Kissinger

Comment Henry Kissinger a apporté son soutien à la junte militaire argentine

 

BUENOS AIRES (AP) -- L'ancien secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger a donné son accord verbal à la «sale guerre» menée entre 1976 et 1983 par la dictature militaire argentine contre les opposants et militants de gauche, selon des archives américaines obtenues par un organisme de surveillance de la liberté de l'information.  «Nous souhaitons votre réussite», a déclaré l'ancien chef de la diplomatie américaine au ministre argentin des Affaires étrangères de l'époque, l'amiral Cesar Augusto Guzzetti, au cours d'une rencontre à New York le 7 octobre 1976, selon les archives du gouvernement américain rendues publiques jeudi par les «Archives de la sécurité nationale», un organisme basé à Washington.


Henry Kissinger n'a pas répondu aux sollicitations de l'Associated Press pour commenter ces révélations, mais, par le passé, il a plusieurs fois nié avoir jamais fermé les yeux sur des violations des droits de l'homme.  L'ancien secrétaire d'Etat est de plus en plus critiqué aux Etats-Unis pour le soutien apporté dans les années 1970 par l'administration américaine à des gouvernements autoritaires en Amérique latine et en Asie du sud-est dans le cadre de sa lutte contre l'expansion du communisme dans le monde.


Tout au long des sept pages de transcription marquées «secret», Kissinger explique à Guzzetti que la question des violations des droits de l'homme se fait plus pressante en Argentine. Il apporte néanmoins son soutien à la junte militaire alors au pouvoir depuis un coup d'Etat du mois de mars.  «Ecoutez, notre position de base est que nous souhaitons votre réussite», déclare-t-il, selon ces documents rapportés dans un premier temps par le «Miami Herald». «Je suis vieux jeu et je crois que les amis doivent être soutenus. Le plus vite vous réussirez, le mieux ce sera», ajoute-t-il.

 

Le prix Nobel de la paix 1973 explique encore que les parlementaires américains qui posaient la question des droits de l'homme ne comprenaient pas totalement la situation en Argentine. «Ce que comprennent les Etats-Unis, c'est qu'il y a une guerre civile. On lit des choses sur les problèmes des droits de l'homme, mais pas sur le contexte», affirme-t-il.  «Si vous pouviez terminer avant le retour du Congrès, ce serait mieux», ajoute-t-il. «Nous ne vous poserons aucune difficulté non-nécessaire. Quelles que soient les libertés que vous restaurerez, cela aidera». L'amiral Guzzetti lui assure alors que la «lutte» de la junte contre les militants de gauche sera terminée avant la fin de l'année 1976.


La junte militaire a lancé sa répression contre les opposants et militants de gauche en mars 1976, débutant ainsi six années d'une dictature au cours de laquelle 8.900 personnes disparaîtront, selon les chiffres gouvernementaux. Les groupes de défense des droits de l'homme évoquent, eux, 30.000 disparitions.  AP | 05.12.03 | 04:21

 

http://permanent.nouvelobs.com/etranger/20031205.FAP4493....





L'égalité hommes - femmes

Article 10 de la constitution belge: "Il n'y a dans l'Etat aucune distinction d'ordre. ... L'égalité des femmes et des hommes est garantie."  Exemples: 

Un gars : c'est un jeune homme
Une garce : c'est une pute

Un courtisan : c'est un proche du roi
Une courtisane : c'est une pute

Un masseur : c'est un kiné
Une masseuse : c'est une pute

Un coureur : c'est un joggeur
Une coureuse : c'est une pute

Un rouleur : c'est un cycliste
Une roulure : c'est une pute

Un professionnel : c'est un sportif de haut niveau
Une professionnelle : c'est une pute

Un homme sans moralité : c'est un politicien
Une femme sans moralité : c'est une pute

Un entraîneur : c'est un homme qui entraîne une équipe sportive
Une entraîneuse : c'est une pute

Un homme à femmes : c'est un séducteur
Une femme à hommes : c'est une pute

Un homme public : c'est un homme connu
Une femme publique : c'est une pute

Un homme facile : c'est un homme agréable à vivre
Une femme facile : c'est une pute

Un homme qui fait le trottoir : c'est un paveur
Une femme qui fait le trottoir : c'est une pute



06/12/2003

Le cartel Bush

En septembre 1999, c'est-à-dire en pleine campagne électorale aux États-Unis, St Martin Press publiait une biographie détaillée du candidat George W. Bush. L'auteur, qui avait réalisé un travail de fourmi, n'ignorait rien de la famille Bush et de junior. Il avait bénéficié dans son enquête de l'aide de Karl Rove (actuel secrétaire général de la Maison-Blanche) qui croyait aider à la rédaction d'une biographie de complaisance. L'ouvrage intitulé Fortunate Son, G. W. Bush and the Making of an American President, fit immédiatement la « une » des journaux, fut choisi comme best-seller par le New York Times et souleva une intense polémique.

Il s'agit d'un document exhaustif sur l'homme, sa famille et son entourage, ses affaires et sa carrière politique, ses retournements de veste et le financement de ses campagnes électorales. Bien qu'il soit écrit sur un ton mesuré et s'attache à comprendre la personnalité de George W. Bush, il présente une vision terrifiante de la vie publique états-unienne. Pourtant de cet imposant travail, on ne retint qu'un passage secondaire, mais sensible : le candidat Bush avait été arrêté pour détention de cocaïne, en 1972. Or, selon les lois locales, ce délit aurait dû lui valoir une privation de droits civiques, il n'aurait donc pas dû avoir le droit de se présenter au gouvernorat du Texas et à la présidence des États-Unis.

Ce sont en réalité bien d'autres détails qui provoquèrent la colère des Bush. Notamment, un passage relatif à la société Arbusto (devenue ultérieurement Harken Energy) dont George W. fut le directeur. On y apprenait que, par l'entremise d'un homme de paille, cette société était la propriété d'un certain Salem Ben Laden, frère aîné d'Oussama. Mais à l'époque, la presse ne comprit pas l'importance de cette information.

Quoi qu'il en soit, la famille Bush se déchaîna contre le livre et son auteur. Elle révéla les erreurs de jeunesse de ce dernier, qui lui valurent de faire de la prison, et s'employa à le discréditer. Simultanément, elle exerça de fortes pressions sur l'éditeur jusqu'à obtenir le retrait et la destruction des presque 100 000 exemplaires disponibles.

James Hatfield, récupéra ses droits sur le livre et le fit rééditer par un éditeur marginal, Soft Skull Press, alors que George W. venait de s'installer à la Maison-Blanche. Karl Rove (secrétaire général de la Maison-Blanche) et Clay Johnson III (alors assistant personnel du président) intentèrent un procès en diffamation et obtinrent le retrait conservatoire du livre. En définitive, il fut autorisé à la vente, sans coupes, mais après le retrait de la préface originale.

Ayant échoué dans leurs démarches, Rove et Johnson menacèrent devant témoin Hatfield de le liquider, lui et toute sa famille, s'il persistait à diffuser son ouvrage. Il fut retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu'il s'est suicidé, tandis que sa famille prétend qu'il a été assassiné.

Ce document exceptionnel a été traduit en français et publié en Suisse par les Éditions Timéli, dirigées par Sandro Cruz, administrateur du Réseau Voltaire et directeur du site RedVoltaire.net. Jean Ziegler et Thierry Meyssan l'ont préfacé. Seth Tobocman, le caricaturiste de Village Voice, l'a illustré. Sander Hicks, Robert-James Parsons, David Cogswell et Federico Fasano Mertens l'ont enrichi d'introductions et de post-scriptum. Présenté le 10 octobre au Club de la presse de Genève, sous le titre Le Cartel Bush ou l'itinéraire d'un fils privilégié, il n'a été diffusé en librairie qu'en Suisse. Le Réseau Voltaire en assure la diffusion exclusive en France.

http://www.reseauvoltaire.net/commande-cartel.html

03/12/2003

Un prix pour Rumsfeld

Le secrétaire d'Etat américain D.Rumsfeld a reçu en Grande-Bretagne le prix du "parler vrai" pour une phrase dite lors d'un point de presse à l'Otan en 2002.  "Les informations annonçant que quelque chose n'a pas eu lieu m'intéresse toujours pour la bonne raison que, comme vous le savez, ce sont des nouvelles connues; il y a des choses que nous savons que nous savons", avait déclaré le patron du Pentagone.  Et de poursuivre: "Nous savons aussi qu'il y a des choses inconnues; ce qui revient à dire que nous savons qu'il y a certaines choses dont nous ne savons rien.  Mais il existe aussi des nouvelles inexistantes que nous ne connaissons pas - ce sont celles dont nous ignorons si nous les connaissons."
 
Moi je ne vois vraiment pas ce qu'il essaye de nous dire...mais c'est du "parler vrai" !  Je n'ai définitivement pas la même logique que Donald.  A ce prix, il pourrait tout aussi bien fermer sa g... !
 
Youri.





02/12/2003

L'apprentissage de l'imbécilité

L'apprentissage de l'imbécilité dans la culture de l'argent, par Luciana Bohne

On pourrait penser que la tentative d'un professeur d'anglais d'une université de seconde zone de faire un lien entre l'indigence de l'enseignement aux Etats-Unis et la crédulité du public étatsunien est un peu triviale si l'on considère que nous sommes embarqués dans la première aventure impériale avouée du capitalisme vieillissant aux Etats-Unis - mais restez avec moi. La question que je me pose, compte tenu de mon expérience d'enseignante, est de savoir pourquoi ces jeunes gens ont été éduqués dans une ignorance aussi crasse.

"Je ne lis pas", dit une étudiante de première année, sans être gênée le moins du monde. Il ne lui vient pas à l'esprit que déclarer une préférence pour ne pas lire dans une université, c'est comme se vanter d'avoir choisi de ne pas respirer dans la vie courante. Elle est dans mon cours consacré à la littérature mondiale. Elle doit lire des romans d'auteurs africains, latino-américains et asiatiques. Elle n'est pas là par choix : c'est juste un cours obligatoire pour son diplôme et c'est, pense-t-elle, plus facile que la philosophie.

Le roman qui lui donne du fil à retordre est "D'amour et d'ombre" d'Isabel Allende, mis en scène dans la terreur de l'après coup d'Etat du régime de type nazi de la junte de Pinochet, entre 1973 et 1989.  Personne dans la classe, y compris ceux dont la matière principale est l'anglais, n'est capable d'écrire un essai d'analyse précis, il faut donc que je le leur apprenne. Personne dans la classe ne sait où est le Chili, je dois donc photocopier des informations générales dans des guides sur les pays du monde. Personne ne sait ce que sont le socialisme ou le fascisme, alors je dois prendre le temps d'écrire des définitions assimilables.

Personne ne connaît "le mythe de la caverne" de Platon, et je le mets à leur disposition parce qu'il est impossible de comprendre le thème du roman sans une connaissance de base de ce texte - qui faisait partie des lectures obligatoires quelques générations plus tôt. Et personne dans la classe n'a jamais entendu parler du 11 septembre 1973, le coup d'Etat soutenu par la CIA qui a mis un terme à la démocratie adulte du Chili. Le choc est tangible quand je distribue des documents déclassifiés étatsuniens qui prouvent la collusion des É.-U. avec le coup d'Etat du général et l'assassinat de Salvador Allende, président élu.

La géographie, l'histoire, la philosophie et les sciences politiques, toutes sont absentes de leurs études. Je réalise que mes étudiants sont en fait des opprimés, comme l'a fait remarquer Paulo Freire dans " la pédagogie de l'opprimé " et qu'ils paient pour leur propre oppression. Je leur explique alors patiemment : Non, notre gouvernement n'a pas été l'ami de la démocratie au Chili ; oui, notre gouvernement a financé à la fois le coup d'Etat et le système de torture de la junte ; oui, cela est valable pour toute l'Amérique latine. Puis, un étudiant demande "Pourquoi ?". Alors, je réponds que la CIA et les sociétés privées foulent au pied le monde en partie à cause de l'ignorance du peuple des États-Unis, apparemment provoquée par l'éducation formelle, renforcée par les médias et acclamée par Hollywood. Plus les gens lisent, moins ils en savent et plus ils deviennent endoctrinés ; c'est ainsi que nous atteignons cet état national d'imbécillité grâce auquel ils s'engouffrent dans des abîmes de dettes. Si ce n'était pas tragique, ce serait drôle.

Pendant ce temps, cette coûteuse imbécillité facilite le financement du travail sanglant des escouades de la mort, des juntes et des régimes de terreur à l'étranger. Elle a permis la guerre dans laquelle nous sommes engagés - une guerre injuste, illégale, illogique et coûteuse qui annonce au monde la faillite de notre intelligence et, par la même occasion, la faiblesse rampante de notre système économique. Chaque mort d'homme, de femme et d'enfant due à une bombe, une balle, à la famine ou à l'eau polluée est un meurtre et un crime de guerre. Et cela met en relief l'incapacité de l'enseignement étatsunien à produire des cerveaux équipés du strict nécessaire pour la survie démocratique : l'analyse et la capacité de poser des questions.

En d'autres termes, je ne pense pas qu'une éducation sérieuse est possible aux É.-U. Tout ce que vous touchez dans les annales de la connaissance est un ennemi de ce système de commerce et de profit, à en perdre la raison. La seule éducation permise est celle qui adapte au statu quo, comme dans les écoles coûteuses, ou qui produit des gens pour maintenir et renforcer le statu quo, comme dans l'école publique où j'enseigne. De manière significative, dans mon établissement, une université de troisième ordre pour la classe des travailleurs, diplômés de collège de première génération qui entrent dans les postes de fonctionnaires au bas de l'échelle, dans l'éducation et dans la gestion de niveau moyen, les matières académiques favorisés sont la communication, la justice criminelle et le travail social - fondamentalement comment mystifier, encadrer et surveiller les masses.

Cette éducation représente un énorme gaspillage des ressources et du potentiel des jeunes. Elle est incroyablement ennuyeuse et sans intérêt - excepté pour les puissances et les intérêts qui en dépendent. Quand un étudiant ukrainien, arrivé depuis seulement trois semaines, écrit en anglais l'essai le mieux structuré et le plus approfondi de la classe, on doit se poser des questions sur l'éducation étatsunienne, en particulier pour nos jeunes.

Mais, l'état de délabrement atteint par l'enseignement étatsunien est à la fois planifié et délibéré. C'est la raison pour laquelle nos médias réussissent si bien avec leurs mensonges. C'est pourquoi notre secrétaire d'Etat peut citer le mémoire d'un étudiant diplômé, en annonçant avec certitude que ces données volés proviennent de la source la plus fiable des renseignements. C'est pourquoi le "Guernica" de Picasso peut être voilé pendant son "rapport" absurde aux Nations Unies sans que quiconque ne remarque la signification politique de ce geste et la sensibilité fasciste qu'elle protège.

Le fascisme culturel se manifeste par son aversion à la pensée et au raffinement de la culture. "Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver", disait Goebbels. Une des réformes les plus infâmes et révélatrices mises en oeuvre par le régime Pinochet a été la réforme de l'enseignement. L'objectif fondamental était de mettre fin au rôle de l'université comme source de critique sociale et d'opposition politique. Les départements de philosophie, de sciences politiques et sociales, les humanités et le secteur des arts susceptibles d'abriter des discussions politiques ont été démantelés.

On ordonna aux universités d'émettre des diplômes seulement en gestion des affaires, programmation informatique, génie civil, médecine générale et dentaire - bref, à devenir des écoles d'enseignement professionnel, ce à quoi l'enseignement étatsunien ressemble en réalité, du moins en ce qui concerne l'éducation de masse. Nos étudiants peuvent obtenir leur diplôme sans jamais avoir touché une langue étrangère, la philosophie, de quelconques éléments de science, la musique ou l'art, l'histoire et les sciences politiques ou économiques. En fait, nos étudiants apprennent à vivre dans une démocratie électorale dénuée de toute politique - un fait illustrée par la baisse de fréquentation des bureaux de vote. 

Le poète Percy Bysshe Shelley a écrit que, dans la rapacité créée par la révolution industrielle, les gens abandonnent d'abord leur esprit ou leur capacité à raisonner, puis leur c¦ur ou leur capacité d'empathie, jusqu'à ce qu'il ne reste de l'équipement humain originel que leurs sens ou leurs demandes de satisfactions égoïstes. A ce stade, les humains entrent dans la catégorie de produits de consommation et de consommateurs du marché - un élément de plus dans le paysage commercial. Sans c¦ur et sans esprit, ils sont instrumentalisés à acheter tout ce qui calme leurs sens exigeants et apeurés - des mensonges officiels, des guerres immorales, des poupées Barbie et des enseignements en faillite.

Pendant ce temps, dans mon Etat, le gouverneur a ordonné une coupure de 10% pour tous les ministères - y compris celui de l'éducation. 

Luciana Bohne


© Copyright Luciana Bohne 2003 - For fair use only/ pour usage équitable seulement.

- L'article original est accessible ici "Learning to Be Stupid in the Culture of Cash by Luciana Bohne" : http://globalresearch.ca/articles/BOH308A.html




Le travail n'est pas central dans la vie de l'homme...

Le travail n'est pas central dans la vie de l'homme...
Albert Soubervielle

Nous basant sur un jugement rationnel, sans nous attarder dans le domaine des généralités, nous désirons examiner un fait particulier, mais primordial, nous intéressant tous au plus haut point: le travail. Il s'agit de juger ici cette question, en sincère et libre logique, sans parti pris, sans opinion intéressée ou préconçue.

Tout d'abord, une constatation typique: du fait même de l'organisation des êtres humains en société, toute nécessité vitale purement individuelle et s'imposant d'elle-même, ne tarde pas à perdre toute valeur propre, utile et relative à l'être et arrive inévitablement à se transformer en un principe social, obligatoire, dogmatique et nuisible à l'individu.

Le travail représente l'exemple le plus frappant de cette constatation. Tel qu'il se présente, synthétiquement, en l'actuelle société, le travail ne constitue qu'une obligation sociale. Il est le plus souvent abrutissant, parfois même dégradant pour celui qui le pratique.

Quels sont les travailleurs qui oseraient, en toute sincérité, proclamer leur joie, leur satisfaction du travail qu'ils accomplissent? Mais par contre, ne seraient-ils pas nombreux ceux qui, sincèrement, clameraient leur dégoût et l'incompréhension de la besogne accomplie ? La presque totalité ignore si cette besogne est rationnelle et utile, mais ils ne travaillent que pour toucher le salaire qui leur est indispensable pour végéter, sinon pour vivre. En réalité, le travailleur n'est actuellement qu'un pauvre misérable accomplissant tristement des gestes souvent inutiles ou inconscients, parfois même nuisibles, dans l'unique but d'assurer sa maigre pitance.

Que nous sommes loin des grands mots ronflants, sonores et creux qui proclament la beauté, la sainteté du travail, la force et l'intelligence des travailleurs. Il me souvient que dans l'Histoire, les miséreux furent déjà flattés, pompeusement appelés : «peuple souverain». Ils luttèrent et moururent sur les barricades pour conquérir le suffrage universel et instaurer la république qui devaient leur apporter à tous le bonheur et la liberté ! Nous savons ce qu'il en est résulté.

Mais les miséreux, éternelles dupes, ressentent encore le besoin d'écouter les paroles flatteuses et se contentent de bercer leur misère avec le fallacieux espoir en une divinité libératrice. Après tant d'autres dieux déchus ou déconsidérés, le dieu actuel, c'est le Travail. Les individus ont, inconsciemment, une tendance à devenir les fidèles de ce nouveau culte qui possède déjà ses prêtres et ses pontifes. Le pauvre esclave qui turbine est flatté, adulé, il est le Prolétaire, le Producteur, le Maître de la Destinée Universelle, mais sous tous ces titres pompeux, il n'est, en réalité, que le miséreux ignorant et crédule servant de levier aux arrivistes politiciens.

Actuellement, le travail est subi, et seulement subi, par ceux qui sont dans l'obligation de l'accomplir. Est-ce avec cette fonction sociale aussi injustement, illogiquement conçue, aussi pauvrement estimée, que vous poserez les bases d'un avenir meilleur?

Vous proclamez que le travail doit régénérer le monde, qu'il doit présider aux destinées, aux directives afin que tout soit pour le mieux mais j'estime, en toute sincérité, qu'avant de prétendre que le travail soit régénérateur, il est indispensable de régénérer le travail lui-même.
Car, comme toutes les conceptions humaines, le travail a subi la néfaste ambiance sociale, il a suivi la même évolution et s'est modelé sur la société. Tel qu'il est actuellement conçu, il sert d'armature et consolide l'organisme social ; il fait perdurer cette société reposant sur l'ignorance et la soumission et ne saurait donc avoir aucune valeur de rénovation sociale.

Le groupement des travailleurs, le syndicat, se maintient dans une conception fausse : il considère le travail, la production, comme une qualité première; il lutte pour les intérêts matériels; il soutient les revendications corporatives mais ne semble pas se soucier de l'utilité de la besogne accomplie; ne cherche pas à juger la valeur des travaux néfastes à l'individu qu'accomplissent un certain nombre de corporations. Tant qu'il se tiendra sur ce terrain de pseudo-satisfaction immédiate, le syndicalisme ne transformera rien, en réalité, mais nuira plutôt au développement de la compréhension du travailleur. Même lorsqu'il s'élève au-dessus de ce rôle primordial d'intérêt corporatif pour se placer sur le terrain révolutionnaire de lutte de classes, le syndicalisme ne prend pas en considération ce point principal : un grand nombre de salariés, par leur travail même, contribuent au fonctionnement, voire au développement de l'iniquité et de l'oppression sur lesquelles est basée l'actuelle Société.

Le fait de travailler, d'être exploité ne suffit pas, à mon avis, pour constituer une qualité première, mais c'est bien plutôt le fait de travailler pour produire les choses nécessaires à la vie et au développement tant matériel qu'intellectuel de l'individu qui représente seul une qualité indiscutable et digne d'intérêt.

Que m'importent les revendications corporatives, même les déclamations révolutionnaires des ouvriers qui bâtissent les prisons qui fabriquent des engins de mort (navires de guerre, avions de combat, armes, etc.). Ils ne m'intéressent pas plus que le flic ou le soudard car ils forgent eux-mêmes les fers qui les enchaîneront, eux, et leurs frères de souffrance.

Il est certain que le travail est nécessaire, car la vie n'est possible que par la consommation, qui dépend, elle-même, de la production. Mais qui consomme, qui produit ? Ce n'est pas la société, fiction, entité inexistante; c'est l'individu. Ne faisons pas du travail une fonction sociale, mais considérons-le sous son aspect véritable; une nécessité de vie individuelle.

Pour l'individu, la vie n'est qu'une lutte constante, ayant pour but unique sa propre conservation, son propre développement. Le travail n'est que l'acte de cette lutte égoïste; il n'est donc qu'une fonction, une nécessité individuelle et pas autre chose.

Les grands mots: production, consommation, si sonores au point de vue social, se ramènent, en simple réalité, aux deux phases de fonction vitale de l'individu: fonction chimique et fonction mécanique.

I - Fonction chimique, spécifiquement organique, indispensable à la vie même de l'être - absorption, assimilation et éjection. L'équilibre, en cette fonction, est nécessaire; la privation, comme la pléthore, peuvent, l'une et l'autre, amener des troubles nuisibles à l'organisme. Mais l'équilibre, en cette fonction chimique - ou consommation individuelle - est strictement personnel à chaque être, gradué selon ses capacités et besoins physiques.

2 - Fonction mécanique - nécessite de se procurer les éléments extérieurs indispensables aux fonctions chimiques, d'où transformation du milieu par l'individu avec tendance naturelle à opérer cette transformation à son profit. L'équilibre des fonctions mécaniques est indispensable chez l'individu. La trop forte dépense de force purement physique chez le travailleur, au détriment de ses besoins chimiques et même cérébraux, entraîne fatalement une dépression de son organisme. Cette dépression s'observe, en sens inverse, chez l'oisif, par suite du manque d'effort mécanique et d'une plus complète satisfaction des fonctions chimiques. L'être, ainsi privilégié socialement, peut, s'il est raisonnable, rétablir cet équilibre par l'hygiène, la sobriété et la pratique des sports

L'harmonie entre les fonctions individuelles chimiques et mécaniques est la condition inéluctable et primordiale de possibilité de vie rationnelle et normale pour tout être. Or, c'est la vie sociale qui est l'empêchement principal - sinon unique - de réalisation de cette harmonie. Le travail - tel qu'il est actuellement compris - fonction sociale - est le poids qui rompt cet équilibre indispensable à l'être pour vivre.

Mais la nécessité de transformation du milieu, opérée par l'individu en vue de sa propre conservation et partant de celle de l'espèce, peut cependant, tout en lui étant personnellement profitable, être nuisible aux autres, le milieu étant considéré comme le patrimoine de tous. Ce déséquilibre entre les diverses fonctions mécaniques individuelles - ou plus exactement entre leurs rapports - a pour résultat l'excès de production par suite d'une inutile dépense d'énergie ou au contraire pénurie des matières utiles à l'existence de l'espèce par excès de destruction. L'organisation sociale - la Société - a donné naissance à cette anomalie, qui représente la seule possibilité de vivre pour un organisme social.

Soutenir la cause du travail socialisé, prétendre pouvoir répartir, la tâche à chacun en une société, c'est nier la liberté de l'individu, c'est lui enlever la possibilité de dépenser sa personnelle énergie en vue de son propre bien-étre, conformément à son aspiration naturelle, à la vie elle-même. L'organisation de la production ne saurait donc être basée sur des principes sociaux, uniformisés, rigides, imposés.

Cependant les individus ont, dans le domaine économique, plus de possibilité d'entente que dans tout autre domaine (intellectuel, moral, etc.). Car les pensées sont spécifiquement personnelles, alors que les besoins sont, non pas identiques chez tous, mais communs à tous.

Si nous prétendons satisfaire ces indispensables nécessités d'existence par l'organisation du travail, base d'une société nouvelle, nous ne tendons qu'à créer une entité - le travail, future divinité d'une société se prétendant régénérée. Mais que deviendrait en cela, l’être humain, sinon un religieux, un membre soumis à ce nouvel organisme?

Or, pour vivre librement et sainement, l'individu ne peut dépenser que sa force énergétique personnelle. Elle est essentiellement relative à sa capacité, à son tempérament.

La solution de cette question n'est donc pas en l'élaboration d'une nouvelle synthèse de reconstruction sociale où le travail serait encore un mode de dépendance pour l'être humain, mais cette solution réside - à mon sens - en la compréhension par l'individu de l'emploi utilitaire et rationnel de ses propres forces, en vue de la normale satisfaction de ses besoins.

La raison - résultante de la connaissance de soi, par l'éducation - peut seule donner à l'individu la norme de sa conduite pour parvenir à un développement rationnel et à une existence le satisfaisant.

La vie est en nous ; vivre est notre seul but. Le reste n'est rien.


AUTEUR : Albert Soubervielle    DATE : 14 juillet 2002