05/06/2004

L'argent : une escroquerie sans faille

Le sable chaud sous les pieds, l'impression de plénitude face à la mer bleue dont l'écume chatouille les jambes des fanatiques de la planche à voile, le corps frissonnant d'aise, le vent clair et transparent qui frôle la peau sous une chemise légère, que de sensations pour camoufler, oublier, ignorer les peurs et les angoisses qui saupoudrent comme une misère blanche nos vies d'hommes et de femmes à la recherche de quelques ondes de bonheurs.

L'agitation humaine, qu'elle soit orientée vers le travail ou les loisirs, peut soudainement apparaître comme un vice de la conscience, une sorte d'ignorance volontaire de la part d'individus tentant d'échapper au tissu social qui l'enveloppe pourtant inexorablement à l'occasion de ses moindres faits et gestes.

Les hommes semblent former des mailles, les unes serrées et cossues, les autres lâches et fines, d'une immense toile sur laquelle aucun peintre n'a encore réussi à représenter la moindre image cohérente. Pourtant la survie de cette humanité est intimement liée à la cohérence des relations entre les gens, la conscience de ce que leurs actes convergent vers cette aspiration si répandue qu'est le désir d'être heureux. Ceux qui liront ces lignes et s'en détourneront aussitôt, se condamnent inévitablement à la mort des yeux et du cœur. Et lorsque tout sera fini, que la planète sera bien morte, ils se diront peut-être : "Ah, si j'avais su!"

La misère, ce n'est pas seulement ceux qui meurent de faim, ceux qui sont sans abri, ceux qui souffrent, c'est aussi ceux qui le permettent et ourdissent les pires crimes contre leurs semblables sous prétexte d'accumuler des richesses et de les drainer dans leur direction. Le pouvoir et l'argent ne sont pourtant pas des remèdes contre la peur et l'angoisse. Car c'est ainsi: la recherche du pouvoir et de l'argent n'est que le signe d'une peur imbécile dont sont la proie les ploutocrates pervers qui nous dirigent. Lorsqu'on sait à quel point la peur est mauvaise conseillère, on devine que l'autorité s'est trompée dans nombre de ses décisions. En devenant riche et puissant, certains hommes pensent qu'ils n'auront plus rien à craindre. Ensuite, ils constatent que leur position est enviable. Et la peur d'être évincé surgit.

Nous retrouvons donc à tous les échelons de la société des êtres hagards, inquiets du lendemain, méfiants vis à vis des autres, qui tablent sur la force du pouvoir et de l'argent pour survivre. Ils évoluent comme de pâles copies du monde animal. C'est tout ce que leur intelligence leur a permis.

En agissant de la sorte, ils obtiennent les services des autres, leur protection hypocrite, leurs courbettes intéressées et, non seulement ils dégradent tous ceux qu'ils touchent, mais encore se coupent de toute communication authentique avec les humains. Ceux-ci sont déjà en voie de disparition, gangrenés qu'ils sont par les conséquences désastreuses que l'application de la "loi du plus fort" entraîne. Celle-ci contient en effet un corollaire que tous oublient avec une candeur déroutante. Celui qui applique la loi du plus fort tombe à court ou moyen terme sur plus fort que lui.

L'intelligence, qui signifie avant tout "compréhension", est la richesse qui donne à l'homme sa distinction, sa dignité et sa sécurité pour l'avenir. Malheureusement, les bien nantis, non contents d'affamer le Tiers-Monde, sous-alimentent l'intelligence des citoyens en les embrouillant, en refermant des portes, en pratiquant la désinformation à la force des médias. Ces gens peureux, incapables d'affronter l'inconnu et la nouveauté, préfèrent s'engraisser dans le silence de leurs magouilles et, surtout, occulter les éléments de nature à les déconcerter.

Pourtant, l’argent tue. L’argent est même la première cause de mortalité chez les terriens, et la seconde, c’est le fait d’ignorer la première.

Mais curieusement, - et l’aspect fasciste du phénomène ressort avec acuité, - c’est l’absence d’argent qui tue le plus.

Et pourquoi ce drame?

Pourquoi cette idée fasciste que seul l’argent permet de survivre?

Allez expliquer ça à un aborigène du centre australien! Il vous rira au nez. L’homme de cette région doit sa survie aux mélopées qu’il répète inlassablement depuis son enfance. Les chants des pistes lui permettent de s’aventurer partout dans le désert australien car chaque couplet correspond à un lieu géographique, un rocher, un mince filet d’eau pour étancher sa soif, une colline ou un abri naturel. Tandis que l’aborigène apparemment démuni traversera des régions entières sans encombre, l’homme plein de dollars y trouvera la mort.

Eh oui, l’argent, ce n’est rien. C’est du vent! C’est même une escroquerie sans faille mais une escroquerie qui tue chaque jour parmi les 6 milliards de terriens qui vouent leur vie entière au culte du dieu Profit.

Les écologistes ne vous diront pas toutes ces choses. Ils propagent la peur de succomber pour tous les prétextes autorisés par les mieux nantis.

La raison de ce drame vient de l’origine de l’argent. S’il était effectivement plus commode d’emporter une pièce d’or plutôt que des briques ou du bétail afin de l’échanger contre un vêtement ou quelque aliment, il aurait fallu s’en tenir là et ne pas piper les dés. Dans les siècles passés, en effet, la planche à billet est née à l’initiative des bijoutiers qui mettaient en sûreté dans leur coffre les pièces d’or des bourgeois et gentilshommes de l’époque. Très vite, les joailliers apprirent à prêter la fortune des autres plusieurs fois en exigeant des intérêts censés couvrir un service de location. Aujourd’hui, la couverture en or a tout simplement disparu et, lorsque vous empruntez, le banquier écrit un montant sur votre compte et vous lui remboursez de l’argent parfaitement fictif. Vous croyez que c’est de l’argent vrai parce que vous avez souffert et vous vous êtes donné du mal pour le gagner. En réalité, c’est du vent.

La croyance universellement répandue selon laquelle l’argent représente quelque chose de nécessaire pour survivre est un terrible mensonge alimentant l’enfer qui est la terre.

Cette croyance agit exactement comme l’intégrisme musulman. Le culte du veau d’or propage une religion dont les plus fanatiques sont prêts à faire mourir les trois quarts de l’humanité. Les grands prêtres de cette secte dangereuse poussent l’individu à accomplir les rituels qui l’élèvent dans l’échelle sociale. L’adepte convaincu vit alors dans le stress et la corruption pour se procurer les objets du culte: la maison, la voiture, le terrain, la piscine, la télévision et autre ineptie.

Si le monde tient encore debout, malgré l’arnaque avérée du système, c’est grâce à l'aptitude de l'homme et à sa volonté de survivre en se tenant à l’écart des adorateurs du dieu Profit.

Il est par ailleurs assez fréquent d’entendre ou de lire que 90% de la population vit avec 10% du volume total de l’argent de l’un ou l’autre pays. La preuve est donc faite. S’il ne s’agissait pas d’une escroquerie, la répartition serait bien plus équilibrée et si 90% de la population peut survivre avec si peu d’argent, c’est que ce dernier n’est pas l’absolue nécessité qu’on tente d’inculquer aux enfants dès leur plus jeune âge.

Luc Spirlet

http://users.skynet.be/ecriteur/arg.htm




Les commentaires sont fermés.