29/06/2004

J'accuse…

J'accuse…

 

Gérard Boutet

 

J'accuse la religion, toutes les religions, de diviser les peuples et de les dresser les uns contre les autres, en tenant le discours hypocrite de la fraternité universelle.

 

J'accuse la religion d'enchaîner les hommes, sous prétexte de les émanciper. J'accuse la religion de nous gaver d'idées prémachées, au lieu de nous encourager à penser par nous-mêmes. Le pape Clément VIII, au lendemain de l'édit de Nantes, déclarait que cet acte était le plus mauvais qui se pouvait imaginer ; permettant la liberté de conscience à tout un chacun qui est la pire chose au monde.

 

J'accuse les zélateurs, les prophètes, les prosélytes, les prédicants et les prédicateurs de se croire les seuls porteurs de la vraie parole. Ils ne cessent de condamner, de mortifier, d'excommunier, de prêcher carnages sur carnages, massacres sur massacres, dragonnades sur dragonnade. Je les accuse d'user, après coup, d'une facile absolution pour se laver de leurs crimes.

 

J'accuse les missionnaires, bottés ou non, d'avoir, par le cimeterre ou par la croix, anéanti des civilisations entières au nom de leur foi obscure, et d'avoir privé l'humanité de connaissances sacrifiées à jamais.

 

J'accuse les dignitaires ecclésiastiques de toutes bannières, les druides, les bonzes, les ayatollahs, les chamans, les gourous, les marabouts, les prélats revêtus de la pourpre cardinalice ou d'autres oripeaux, j'accuse tous ces fous de quelque dieu d'avoir constamment ensanglanté l'histoire, rempli les ergastules et les cachots, allumé les bûchers et tourmenté les esprits éclairés, les astronomes comme les alchimistes, les poètes comme les philosophes qui ne cherchaient, en tâtonnant, qu'à améliorer le sort de leurs frères humains. J'accuse ces intégristes de tous horizons d'avoir nié que la terre tournait, et, pis, d'avoir empêché le monde de tourner rond.

 

J'accuse les religieux de maintenir leurs ouailles dans les ténèbres épaisses de l'ignorance, sous couvert de divulguer la lumière divine. Je les accuse de faire accroire que, hormis les valeurs qu'ils professent, il n'est point d'autres principes auxquels le genre humain puisse adhérer.

 

J'accuse les prêtres de bénir les armes des soldats, de laisser graver leurs devises sur les lames des tortionnaires des SS aux yatagans des moudjahiddins, des machettes du Rwanda aux kriss du Sri lanka, des bombes de Belfast aux roquettes de Sarajevo. Je les accuse de se torcher avec le sixième commandement de l'Éternel, que beaucoup prétendent représenter. Je les accuse de berner l'opinion en invoquant la sainteté de certaines guerres, pour justifier l'asservissement, le meurtre et le génocide, depuis les croisades chrétiennes jusqu'aux djihads islamiques, et ainsi de contribuer à répandre le sang des hommes. J'accuse les aumôniers militaires de perpétuer la sinistre collusion du sabre et du goupillon, et de cautionner l'oeuvre sinistre des baroudeurs.

 

J'accuse les théologiens de pérenniser des histoires à dormir debout, et de prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages. J'accuse les clergés d'avancer à visage masqué afin de mieux opprimer les nations, de semer la mort au nom de la vie éternelle, et la haine au nom de l'amour. Je les accuse de confondre le péché et le plaisir. J'accuse les prêtres d'imposer leurs conceptions d'éducation familiale, alors qu'ils n'ont ni épouse ni enfants déclarés. J'en accuse certains de préférer la calotte à la capote.

 

J'accuse les dévots de toutes les confessions, de toutes croyances, de toutes superstitions, de reléguer la femme au rang d'une créature fautive, imparfaite, impure, d'un holocauste à jamais marqué par la souillure originelle. Je les accuse de lui dénier une âme, parfois, et des droits égaux à ceux de l'homme, toujours, de la considérer souvent comme un être inférieur et domestique auquel on interdit la liberté de vivre sans l'autorité écrasante se son maître le mâle et qu'on viole, qu'on lapide, qu'on éventre ou qu'on égorge selon l'anathème du jour, ou qu'on enferme dans un couvent, ou dans quelque gynécée pour vestales.

 

J'accuse les bigots d'un conservatisme ridicule et d'une tartuferie qui ne sont plus à démontrer, d'une feinte compassion et d'une charité qui, tout compte fait, ne réconfortent qu'eux-mêmes.

 

Enfin, si un dieu existe quelque part, je ne sais où et ne voulant le savoir qu'après mon heure dernière, je le prie de bien vouloir supprimer ce besoin de religiosité qui fermente dans le coeur des hommes, et qui nous cause tant de drames. J'attends. 



05/06/2004

L'argent : une escroquerie sans faille

Le sable chaud sous les pieds, l'impression de plénitude face à la mer bleue dont l'écume chatouille les jambes des fanatiques de la planche à voile, le corps frissonnant d'aise, le vent clair et transparent qui frôle la peau sous une chemise légère, que de sensations pour camoufler, oublier, ignorer les peurs et les angoisses qui saupoudrent comme une misère blanche nos vies d'hommes et de femmes à la recherche de quelques ondes de bonheurs.

L'agitation humaine, qu'elle soit orientée vers le travail ou les loisirs, peut soudainement apparaître comme un vice de la conscience, une sorte d'ignorance volontaire de la part d'individus tentant d'échapper au tissu social qui l'enveloppe pourtant inexorablement à l'occasion de ses moindres faits et gestes.

Les hommes semblent former des mailles, les unes serrées et cossues, les autres lâches et fines, d'une immense toile sur laquelle aucun peintre n'a encore réussi à représenter la moindre image cohérente. Pourtant la survie de cette humanité est intimement liée à la cohérence des relations entre les gens, la conscience de ce que leurs actes convergent vers cette aspiration si répandue qu'est le désir d'être heureux. Ceux qui liront ces lignes et s'en détourneront aussitôt, se condamnent inévitablement à la mort des yeux et du cœur. Et lorsque tout sera fini, que la planète sera bien morte, ils se diront peut-être : "Ah, si j'avais su!"

La misère, ce n'est pas seulement ceux qui meurent de faim, ceux qui sont sans abri, ceux qui souffrent, c'est aussi ceux qui le permettent et ourdissent les pires crimes contre leurs semblables sous prétexte d'accumuler des richesses et de les drainer dans leur direction. Le pouvoir et l'argent ne sont pourtant pas des remèdes contre la peur et l'angoisse. Car c'est ainsi: la recherche du pouvoir et de l'argent n'est que le signe d'une peur imbécile dont sont la proie les ploutocrates pervers qui nous dirigent. Lorsqu'on sait à quel point la peur est mauvaise conseillère, on devine que l'autorité s'est trompée dans nombre de ses décisions. En devenant riche et puissant, certains hommes pensent qu'ils n'auront plus rien à craindre. Ensuite, ils constatent que leur position est enviable. Et la peur d'être évincé surgit.

Nous retrouvons donc à tous les échelons de la société des êtres hagards, inquiets du lendemain, méfiants vis à vis des autres, qui tablent sur la force du pouvoir et de l'argent pour survivre. Ils évoluent comme de pâles copies du monde animal. C'est tout ce que leur intelligence leur a permis.

En agissant de la sorte, ils obtiennent les services des autres, leur protection hypocrite, leurs courbettes intéressées et, non seulement ils dégradent tous ceux qu'ils touchent, mais encore se coupent de toute communication authentique avec les humains. Ceux-ci sont déjà en voie de disparition, gangrenés qu'ils sont par les conséquences désastreuses que l'application de la "loi du plus fort" entraîne. Celle-ci contient en effet un corollaire que tous oublient avec une candeur déroutante. Celui qui applique la loi du plus fort tombe à court ou moyen terme sur plus fort que lui.

L'intelligence, qui signifie avant tout "compréhension", est la richesse qui donne à l'homme sa distinction, sa dignité et sa sécurité pour l'avenir. Malheureusement, les bien nantis, non contents d'affamer le Tiers-Monde, sous-alimentent l'intelligence des citoyens en les embrouillant, en refermant des portes, en pratiquant la désinformation à la force des médias. Ces gens peureux, incapables d'affronter l'inconnu et la nouveauté, préfèrent s'engraisser dans le silence de leurs magouilles et, surtout, occulter les éléments de nature à les déconcerter.

Pourtant, l’argent tue. L’argent est même la première cause de mortalité chez les terriens, et la seconde, c’est le fait d’ignorer la première.

Mais curieusement, - et l’aspect fasciste du phénomène ressort avec acuité, - c’est l’absence d’argent qui tue le plus.

Et pourquoi ce drame?

Pourquoi cette idée fasciste que seul l’argent permet de survivre?

Allez expliquer ça à un aborigène du centre australien! Il vous rira au nez. L’homme de cette région doit sa survie aux mélopées qu’il répète inlassablement depuis son enfance. Les chants des pistes lui permettent de s’aventurer partout dans le désert australien car chaque couplet correspond à un lieu géographique, un rocher, un mince filet d’eau pour étancher sa soif, une colline ou un abri naturel. Tandis que l’aborigène apparemment démuni traversera des régions entières sans encombre, l’homme plein de dollars y trouvera la mort.

Eh oui, l’argent, ce n’est rien. C’est du vent! C’est même une escroquerie sans faille mais une escroquerie qui tue chaque jour parmi les 6 milliards de terriens qui vouent leur vie entière au culte du dieu Profit.

Les écologistes ne vous diront pas toutes ces choses. Ils propagent la peur de succomber pour tous les prétextes autorisés par les mieux nantis.

La raison de ce drame vient de l’origine de l’argent. S’il était effectivement plus commode d’emporter une pièce d’or plutôt que des briques ou du bétail afin de l’échanger contre un vêtement ou quelque aliment, il aurait fallu s’en tenir là et ne pas piper les dés. Dans les siècles passés, en effet, la planche à billet est née à l’initiative des bijoutiers qui mettaient en sûreté dans leur coffre les pièces d’or des bourgeois et gentilshommes de l’époque. Très vite, les joailliers apprirent à prêter la fortune des autres plusieurs fois en exigeant des intérêts censés couvrir un service de location. Aujourd’hui, la couverture en or a tout simplement disparu et, lorsque vous empruntez, le banquier écrit un montant sur votre compte et vous lui remboursez de l’argent parfaitement fictif. Vous croyez que c’est de l’argent vrai parce que vous avez souffert et vous vous êtes donné du mal pour le gagner. En réalité, c’est du vent.

La croyance universellement répandue selon laquelle l’argent représente quelque chose de nécessaire pour survivre est un terrible mensonge alimentant l’enfer qui est la terre.

Cette croyance agit exactement comme l’intégrisme musulman. Le culte du veau d’or propage une religion dont les plus fanatiques sont prêts à faire mourir les trois quarts de l’humanité. Les grands prêtres de cette secte dangereuse poussent l’individu à accomplir les rituels qui l’élèvent dans l’échelle sociale. L’adepte convaincu vit alors dans le stress et la corruption pour se procurer les objets du culte: la maison, la voiture, le terrain, la piscine, la télévision et autre ineptie.

Si le monde tient encore debout, malgré l’arnaque avérée du système, c’est grâce à l'aptitude de l'homme et à sa volonté de survivre en se tenant à l’écart des adorateurs du dieu Profit.

Il est par ailleurs assez fréquent d’entendre ou de lire que 90% de la population vit avec 10% du volume total de l’argent de l’un ou l’autre pays. La preuve est donc faite. S’il ne s’agissait pas d’une escroquerie, la répartition serait bien plus équilibrée et si 90% de la population peut survivre avec si peu d’argent, c’est que ce dernier n’est pas l’absolue nécessité qu’on tente d’inculquer aux enfants dès leur plus jeune âge.

Luc Spirlet

http://users.skynet.be/ecriteur/arg.htm




Lettre de Nicolas Sacco à son fils

"Charlestown, 18 Août 1927,
Mon fils, mon compagnon,
Je veux t'écrire avant que nous partions
A la Maison de la mort car le 22, après minuit,
Vers la chaise électrique on nous poussera.
Pourtant, me voici empli d'amour
Et cour ouvert, aujourd'hui comme hier.
Si j'ai cessé la grève de la faim, l'autre jour,
C'est parce que la vie s'en allait de moi.
Hier, par cette grève, je parlais fort.
Je proteste encore au nom de la vie, contre la mort.
Trop de larmes inutiles ont coulé,
Comme celle de ta mère,
Pour rien, pendant sept ans; alors ne pleure pas,
Sois fort et tu pourras la réconforter.
Et si tu voulais lui faire oublier
Sa solitude sans colère,
Emmène-là marcher, longtemps,
Dans la campagne.
Et à l'ombre des bois fais-là reposer.
Écoutez la musique du ruisseau qui murmure
Et la paix tranquille de la Nature.
Dans ta course vers le bonheur,
Arrête-toi, mon fils, cherche l'horizon :
Aide les faibles, les victimes et les persécutés,
Car toujours ils seront tes meilleurs amis.
Comme ton père et Bartolo, ils luttent
Et tombent pour tous et pour la liberté.
Au combat de la vie, tu trouveras l'amour
Et tu seras aimé : c'est ton droit aussi.
Faites comprendre au monde
Que rien n'est terminé :
On ne peut tuer nos corps,
Mais jamais nos idées.
C'est tout le Massachusetts
Qui portera dans l'avenir la honte de ce temps.
Qu'une école remplace enfin cette maison,
Que des rires d'enfants effacent les prisons.
N'oublie pas de m'aimer un peu
Comme je t'aime, oh petit homme ;
J'espère que ta mère t'aidera à comprendre
Ces mots que je te donne. Adieu mon garçon.
Je t'envoie le salut de Bartolo.
Ton père et ton camarade,
Nicola Sacco"

Bartolomeo Vanzetti & Nicolas Sacco, anarchistes italiens vivant aux Etats-Unis, victimes d'une conspiration politico-judiciaire. Arrêtés en mai 1920, sous l'accusation d'assassinat de 2 employés de banque, malgré des alibis incontournables et les témoignages à décharge les innocentant, ils seront condamnés à mort en 1921 et attendront leur exécution en multipliant démarches et demandes de révision du procés. Cette lettre de Sacco touche par son humanité et sa vision étonnamment positive de la réalité, quatre jours avant de disparaître.