04/06/2006

L'américain final

Hunter S. Thompson, disparu récemment, était (et reste) une voix tonique et provocatrice de la littérature américaine. Ce coup de colère magistral et hilarant, tiré de sa correspondance, est à restituer dans le contexte de l'opposition radicale que vouait l'auteur à ceux qu'il considérait comme les fossoyeurs de l'espoir d'une Amérique des libertés, née dans l'effervescence des années 60, et bien vite massacrée par les Johnson, Nixon et consorts.

Dans le contexte politique de l'Amérique actuelle, cette voix est un écho parfaitement de circonstance.

 

JOHN WAYNE / LE REQUIN-MARTEAU (tiré de "Gonzo Highway")

Hunter S. Thompson

 

Ce pays est si fondamentalement pourri qu'un sale bigot comme John Wayne y est un grand héros national. Thomas Jefferson aurait été horrifié par un monstre tel que Wayne, et Wayne (eût-il pu effectuer le saut dans le temps) aurait été fier de pouvoir frapper à coups de crosse un «sale radical » comme Jefferson.

John Wayne est le dernier symbole avarié de tout ce qui a foiré dans le rêve américain il est notre monstre de Frankenstein, un héros pour des millions d'individus. Wayne est l'ultime «Américain» voire l'Américain final. Il bousille tout ce qu'il ne pige pas. Les ondes cérébrales du «Duke» sont les mêmes que celles qui parcourent le cerveau du requin-marteau, une bestiole si stupide et si vicieuse que les scientifiques ont abandonné tout espoir d'y comprendre quelque chose, et le décrivent comme un «archaïsme» inexplicable. Le requin-marteau, disent-ils, n'a pas évolué depuis un million d'années. C'est une bête impitoyable, stupide, qui ne sait faire qu'une seule chose : attaquer, blesser, mutiler et tuer.

La science moderne ne dispose d'aucune preuve comme quoi le requin-marteau aurait eu des ancêtres, apparemment il n'a pas non plus de descendants. Sauf que, sur cette question, la science se trompe, du moins en partie. Comme bon nombre d'espèces, le requin-marteau a évolué en changeant d'habitat. Les plus évolués d'entre eux ont quitté leur habitat marin pour apprendre à marcher sur terre. Ils ont appris à parler américain malgré leur cervelle de moineau et certains d'entre eux ont migré à Hollywood où ils ont été fort prisés en tant que figurants (voire héros) et utilisés dans des centaines de films dits de «cowboys».

Le nouveau requin-marteau faisait un cowboy parfait. Il était vicieux, stupide et ignorant de tout hormis de ses propres frousses et de ses propres appétits. Il tabassait à mort quiconque le mettait mal à l'aise, quelle qu'en soit la raison. Le requin-marteau faisait un guerrier parfait. Il défendait le drapeau. N'importe quel drapeau. Il a appris à comprendre des mots tels que «ordres» et «patriotisme», mais le secret de sa réussite était son goût immémorial pour le sang. C'est dans l'action qu'il se révéla. Mais il n'avait pas un sou de jugeote ; aussi fallait-il le guider.

Le requin-marteau était le type que vous engagiez lorsque vous vouliez buter des Indiens. Il était également disponible pour casser du nègre. Puis, plus tard, pendre haut et court les Wobblies. On lui a fourni un badge et une matraque et, aux alentours de 1960 ou peut-être même 1860 , l'Éthique du requin-marteau a été le Rêve Américain. (...)"

Commentaires

Merci pour cette tirade contre le fascho de WAYNE. Il fait partie de cette frange de l'amérique qui oublie que les premiers américains s'étaient les indiens et qu'ils ne sont que des conquérants sans scrupules

http://liege-belle-laide.blogspot.com/

Écrit par : Tchantchet | 14/05/2007

Les commentaires sont fermés.